Les exigences sont déjà une interface
Avant de devenir du logiciel, une exigence devient le modèle mental de celles et ceux qui devront la comprendre.
Nous avions plus de quarante exigences et, prise séparément, chacune était claire.
Le développeur les lisait dans l’ordre des traitements. La testeuse entourait les endroits où un scénario pouvait basculer. La personne métier revenait aux exceptions, parce que c’était là que les clients appelaient. À la fin de la réunion, trois personnes avaient lu le même document et construit trois systèmes assez cohérents.
Nous avons d’abord corrigé quelques phrases. Elles sont devenues plus précises. Les trois systèmes aussi.
Quelqu’un a fini par effacer le tableau et dessiner le parcours le plus banal. Les exceptions sont venues se placer autour. Deux règles auparavant éloignées se sont retrouvées côte à côte ; une contradiction supposée a disparu et une dépendance réelle est devenue visible.
Le contenu avait à peine changé. Sa forme, oui.
Une exigence n’est pas seulement une information à transmettre. C’est le premier endroit où une autre personne rencontre la logique du produit. Si cet endroit présente un algorithme comme une liste de courses, le lecteur doit fabriquer lui-même les relations, les priorités et les exceptions.
Depuis, lorsqu’un document devient très précis et que la conversation devient malgré tout de plus en plus floue, je ne cherche plus immédiatement une meilleure phrase. Je regarde d’abord la forme dans laquelle on demande aux phrases de tenir ensemble.

